Nous vivons à une époque où la pression est constante. Tout semble reposer sur notre capacité à performer, à réussir et à tenir le coup. Le monde nous pousse sans cesse à en faire plus, à prouver notre valeur, à atteindre des sommets toujours plus hauts. En réponse, la « force » est devenue le nouvel étalon de valeur : Qui sera le plus résilient ? Qui sera le plus persévérant ? Qui sera le plus fort ?
Pour tenir, on se motive, on se discipline, on se forme, on redouble d’efforts pour atteindre cette montagne à l’horizon, symbole d’un idéal de réussite. Mais est-ce vraiment dans cette direction que doivent converger tous nos efforts ? Doit-on absolument surmonter la souffrance à tout prix pour accéder à une vie plus glorieuse et à une image flatteuse de nous-mêmes ? Est-ce là le but de la vie chrétienne ?
Depuis sa prison, Paul a dû se poser ces mêmes questions, et sa réponse a été : « Je puis tout par celui qui me fortifie. »(Philippiens 4:13)
Redéfinir la force
Il est important de comprendre que, lorsqu’il prononce ces mots, Paul ne cherche pas son bien-être personnel (v. 11). Il ne considère pas Dieu comme un moyen d’atteindre un rêve ou d’accélérer sa croissance. Le pouvoir qui lui est donné ne lui permet ni de changer sa destinée (qui dépend pleinement de Dieu), ni de combler ses besoins matériels, ni de renverser les autorités qui l’ont incarcéré et se sont opposées à l’Évangile. Il lui permet plutôt de demeurer en paix quelles que soient les circonstances.
Dieu n’est pas un moyen, Il est le but. Il n’est pas celui qui nous aide à mieux vivre pour nous-mêmes, mais celui pour qui nous vivons.
Paul nous révèle ici une réalité spirituelle profonde : Dieu n’est pas un moyen, Il est le but. Il n’est pas celui qui nous aide à mieux vivre pour nous-mêmes, mais celui pour qui nous vivons. Qu’il soit dans l’abondance ou dans le manque, dans la joie ou dans la souffrance (v. 12), Paul garde la même attitude : « Que Dieu soit loué ! ». Car la véritable force que Dieu donne n’est pas une puissance de conquête ou de domination, mais une force de dépendance et de confiance qui nous rend capables de traverser toutes les saisons de la vie avec la même paix et la même joie.
Comment vivre Philippiens 4:13 ?
Cette disposition de cœur n’est pas naturelle ; nous ne pouvons pas la produire par nous-mêmes. La bonne nouvelle, c’est que si Dieu est notre horizon, la croix est le pont qui nous y conduit. Ce n’est pas par nos efforts, mais par l’œuvre du Saint-Esprit en nous que ce changement devient possible. Il nous appartient simplement de nous rendre disponibles pour cette action de Dieu. Voici quelques pistes :
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Laisser Dieu devenir le centre de notre vie. Le considérer non plus comme un appui secondaire, mais comme notre bien suprême, celui pour lequel nous sommes prêts à tout abandonner, jusqu’à notre propre vie si nécessaire. Comme Jésus qui, sur le chemin de la croix, est allé au bout de sa mission sans jamais regarder à qui il était ou à ce qu’il pouvait faire, mais à Dieu seul. Il dira : « Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne » (Luc 22:42). Il soumet à ce moment sa volonté à celle du Père et dit, à sa manière : « Je puis tout par Celui qui me fortifie. »
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Déplacer notre regard de la performance vers la présence de Dieu. La performance nous conduit inéluctablement vers l’envie. Par des mécanismes de comparaison, nous fermons nos yeux à la reconnaissance et sortons de la présence de Dieu. Asaph est un bon exemple dans le Psaume 73, où il partage ses luttes contre ce sentiment qui s’efface complètement quand il entre dans la présence de Dieu (Ps 73:17). Sa présence remet tout dans le bon ordre, dans la bonne perspective : celle de l’éternité. C’est pour cela qu’il peut dire : « Quel autre ai-je au ciel que toi ! Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi. Ma chair et mon cœur peuvent se consumer : Dieu sera toujours le rocher de mon cœur et mon partage » (Ps 73:25-26). C’est aussi là un « Je puis tout par celui qui me fortifie ».
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Apprendre à vivre dans la simplicité. Il ne s’agit pas ici de se priver ou de mépriser ce que Dieu donne, mais de choisir de ne pas attacher notre paix, notre valeur ou notre joie à ce que nous possédons. La simplicité libère nos cœurs des désirs qui l’alourdissent et l’orientent loin de Dieu. Elle nous apprend à nous réjouir de ce que nous avons (Phil 4:12), plutôt que de courir après ce qui nous manque. C’est aussi reconnaître que l’abondance peut devenir un piège si elle prend la place de Dieu dans notre cœur, et que le manque peut devenir une école de confiance lorsque nous vivons avec Christ.
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Vivre en Église, non comme un spectateur mais comme un membre actif. Dans Philippiens 4:1-2, qui donne le contexte du chapitre, Paul montre combien la communauté est un instrument de Dieu pour fortifier les croyants. L’Église est le lieu où se manifeste l’amour de Christ, où nous apprenons à nous soumettre les uns aux autres, à partager nos souffrances, nos joies, à prier ensemble et à porter les fardeaux les uns des autres. « Je puis tout par celui qui me fortifie » n’est donc pas un appel à mener des combats solitaires pour des victoires solitaires. Car Celui qui fortifie, Christ, le fait aussi au travers des frères et sœurs placés à nos côtés. C’est une invitation à l’union au corps de Christ, pour des victoires communes : celles de l’Église.
Conclusion
En conclusion, vivre Philippiens 4:13, ce n’est pas se battre pour tout accomplir par nos propres forces, mais apprendre à demeurer en Christ, même dans la faiblesse. Ne soyons donc pas inquiets des tempêtes qui peuvent secouer nos vies, mais plutôt du fait de ne pas être en Christ à ce moment-là.

